Jeudi le 8 avril 1982. Ce soir, je suis seul dans ma chambre avec mon Supertramp. J’ai envie d’écrire, écrire pour vous dire que je viens de découvrir à quel point je suis heureux et chanceux.
Dieu m’a tout donné. D’abord une mère qui a pris soins de moi toute sa vie, puis de nombreux amis qui me soutiennent jour après jour pour me faire oublier que je n’ai pas de vraie amie – une blonde quoi ! – avec qui tout partager.
Je pense aussi à Denise qui a souvent eu le don de me remonter le moral et de rehausser ma confiance en moi; à ses enfants (dont Nadine) qui ont su aiguiser ma patience tout en me faisant cheminer comme personne; à Roger dont je semble être le principal confident et avec qui j’ai réfléchi sur des tas de sujets importants et qui me témoigne encore une grande amitié même si on ne se la communique pas souvent de ce temps-ci; à Alex qui, lui, me témoigne une amitié encore plus grande parce qu’il me la montre à tout moment, me faisant réaliser que ces deux frères sont mes meilleurs amis et que je ne pourrai jamais les remplacer l’un ou l’autre, sauf par eux-mêmes, en alternance; à ma sœur avec qui j’ai souvent rêvé, c’est-à-dire imaginé des mondes meilleurs (il fut un temps où nous n’étions que tous les deux alors que maintenant nos routes se séparent : nous avons chacun nos amis mais nous n’oublierons jamais ce que nous avons vécu); à mon frère pour qui je pense avoir une certaine admiration pour sa bonté pour ses enfants, on dirait qu’ils les aiment comme ma mère nous aime, et malgré tout ce qu’il a pu faire et que je déplore, je l’aime ce frère.— Le José de soixante ans s’étonne en lisant ça parce qu’il pensait n’avoir jamais eu une bonne opinion de son frère et parce qu’il sait que celui-ci n’a pas toujours été « bon » pour ses enfants.
De qui n’ai-je pas parlé ? De toutes les belles filles que j’ai croisées dans ma vie : Suzie A, France, Manon, etc. Il y a aussi Françoise (une sœur de Denise) et Sylvie (une autre cousine de ma mère, fille de mes parrain et marraine) avec qui j’ai eu de belles conversations. Et il y a mes autres copines du cégep : Monique, Anne et, bien sûr, la cerise sur le sundae, mon Éliane.
Grace à eux, je n’ai plus peur de me retrouver seul, j’ai toujours quelqu’un à qui parler, avec qui rire, avec qui être heureux. Et on dirait que cette liste s’agrandit année après année.
Tout ce que j’espère maintenant, c’est de rencontrer mon âme sœur qui me fera sortir complètement de ma coquille. En l’attendant, j’apprends à vivre et je m’accroche à tous les bons moments de la vie. Elle arrivera probablement quand je serai un homme, comme le printemps illumine notre long hiver. […]

Je me sens perdu avec Éliane, comme Alex avec son ancienne blonde, Suzie C, qui est revenue dans sa vie en redevenant amie avec sa sœur. Après plusieurs jours à la recôtoyer, ils ont décidé de se laisser une autre chance. Je suis heureux pour lui, même si je ne l’aime pas elle. Coïncidence, selon Alex, elle ne m’aime pas non plus. Elle trouve qu’il faut toujours me pousser dans le dos pour faire quelque chose. Et il m’a défendu en lui disant qu’elle n’avait pas intérêt à ne pas m’aimer, qu’elle ne me connaissait pas et que j’étais le meilleur gars du monde, même si personne ne l’avait encore compris. J’ai les larmes aux yeux en repensant à ses paroles. […]
Depuis quelques soirs, je rêve souvent à Éliane. Dans mes rêves, elle est mon amie, on s’aime et on se le prouve. Je peux lui prendre la main, mettre mes bras sur ses épaules, lui caresser les cheveux et même la chatouiller. Ah, j’ai besoin d’elle à tout prix. Je ne peux pas m’en passer, comme Alex qui s’est rendu compte qu’il ne pouvait plus se passer de Suzie C.
En parlant d’Alex, j’ai passé beaucoup de temps avec lui pour réaménager son sous-sol. Il m’a donc beaucoup parlé de sa nouvelle ancienne blonde. Paraitrait-il qu’elle commencerait à m’apprécier parce qu’elle me trouve finalement très joyeux et énergique. […]
Dimanche fut une superbe journée que nous avons passée, les Suzie B et C, Alex et moi, au jardin botanique. Je pense que nous nous sommes bien amusés, même si l’énorme foule qui attendait nous a enlevé l’envie d’entrer dans les serres. À la place, nous nous sommes promenés dans les installations extérieures, nous avons grimpé aux arbres et escaladé des rochers. J’ai fait le clown toute la journée, ce qui a bien fait rire Suzie C, la blonde d’Alex, qui semble me considérer comme son ami maintenant. […] Plus tard, en soirée, comme j’étais débordant d’énergie, je les ai invités à venir danser chez moi. On a eu du fun en masse. J’ai même dansé un slow, avec chacune des Suzie. […]

Jeudi le 15 avril 1982. […] Ah mon dieu que cette fille m’a transformé. Chaque fois que je suis avec elle, je me sens moi-même et je me laisse aller en faisant le fou sans avoir peur de personne. Pourtant, tout seul dans un cours, j’ai peur, tellement peur. Je suis un grand peureux, voilà pourquoi j’ai tant besoin de toi, Éliane. Écoute ce que j’aimerais te chanter à toi, cachée sous ta coquille.
I wanna know
I wanna know you
Well let me know you
I wanna feel you
I wanna touch you
Please let me near you, let me near you, can you hear what I'm saying
Well I'm hopin', I'm dreamin', I'm prayin'
(Hide in your shell, Supertramp, 1974)1
Comprendras-tu un jour l’amour que j’ai pour toi, ou disparaîtras-tu de ma vie comme ma Suzie A et ma belle France? Tu es la première fille qui se retrouve dans mes rêves pendant quatre nuits consécutives.
Avec Suzie A, j’ai appris à danser et à aimer pour la première fois. Avec France, j’ai appris à rêver en écrivant de la poésie et à pleurer en relisant mes poèmes. Mais avec toi Éliane, j’ai appris à vivre en étant simplement moi-même. […]
Jeudi le 22 avril 1982. […] Je ne sais pas comment cela est venu sur le sujet mais, dans l’autobus, Éliane se mit à me parler d’un autre gars qui l’accompagnait souvent en autobus mais qui avait soudainement arrêté de le faire lorsqu’il lui avait avoué son amour et qu’elle lui avait admis ne pas ressentir la même chose pour lui. […] – Ça ressemblait étrangement à une prémonition.
Un soir que j’étais avec eux, Alex et Suzie C m’invitèrent à aller au cinéma. À la blague je leur dis que j’allais téléphoner à Éliane pour qu’elle m’accompagne. Et je me suis fait prendre au mot : mes deux amis, appuyés par les encouragements de Barney et Shirley, insistèrent pour que je le fasse. […]
Sa sœur avait répondu et me l’avait passée tout de suite en reconnaissant ma voix. Après l’avoir saluée, je lui demandai ce qu’elle faisait. Elle me répondit qu’elle était étendue. « C’est que j’ai une drôle de chose à te demander » lui dis-je. « Bien quoi ? » me demanda-t-elle. « Veux-tu aller au cinéma avec moi ? » Le silence qui suivit sembla durer de longues minutes avant qu’elle me demande « Quand ? » « Ce soir ! » affirmais-je. « Tu es fou » s’exclama-t-elle. Elle était bien trop fatiguée et ne savait plus comment me le faire comprendre. Elle me dit que je pourrais y aller avec ma sœur mais je lui assurai que ce ne serait pas la même chose. Elle me demanda quel film j’allais voir et je lui dis que j’hésitais entre La guerre du feu et La folle histoire du monde. Elle aimait beaucoup mieux le deuxième mais elle refusa quand même de m’accompagner. Nous avons ensuite parlé d’autre chose mais sa voix était toute tremblante. Elle se sentait mal de me décevoir et elle espérait que je ne le sois pas trop. Je la rassurai mais, décidément, cette journée n’était que déception. […]
Après cela, Alex et Suzie C m’ont tenu compagnie d’une belle façon. Nous avons marché ensemble tous les trois comme les meilleurs amis du monde. Suzie C nous tenait par les bras tous les deux. Elle semblait bien se foutre de ce que tout le monde pouvait penser d’elle et de ses deux copains. Nous étions heureux, enfin, moi je l’étais, et en plus, le film était merveilleux […] La quête du feu des premiers hommes avait bien impressionné José-18; José-61 se souvient particulièrement bien de la scène ou le personnage de Ron Perlman croise un mammouth et lui tend solennellement une branche d'arbre bien garnie.
Suzie C m’invite à aller au Bingo avec elle. Ça ne me tente pas mais je sais pourquoi elle me l’a demandé, elle n’avait pas envie de se retrouver seule avec la famille d’Alex alors que celui-ci était en train de travailler à ce Bingo. Elle dut insister un peu pour que j’accepte d’y aller alors que j’avais déjà dit non à Suzie B qui me l’avait demandé plus tôt dans la journée. […] Finalement, J’ai éprouvé beaucoup de plaisir et je crois que celui-ci était partagé. Nous avons beaucoup parlé, elle me raconta même comment elle ne m’aimait pas au début. […] À la fin de la soirée, nous nous sommes promenés, bras dessus bras dessous, comme de vrais, ou plutôt de faux, amoureux.
J’étais tellement heureux d’être avec elle. Ça me rappelle plusieurs autres promenades que nous avons faites dans les derniers jours, en attendant qu’Alex revienne du travail. Elle me tient le bras et parfois elle glisse sa main dans une ouverture de mon Kiwi pour me flatter doucement le dos. Elle me procure des sensations, de trop belles sensations. Je lui dis parfois en riant que ce qu’elle fait pourrait être dangereux… et elle continue de le faire.
À suivre dans : Bio-36: Les aveux
Fait suite à : Bio-34: L’art d’écrire ou écrire sur l’art
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Notes, références et légendes des figures (numérotées de haut en bas)
Fig. 1 : Photo de José en 1982, détail de la photo de la Fig.2.
Fig. 2 : Montage de 2 photos d’un même moment, chez José en 1982. De gauche à droite, on y voit sa mère et Denise (de dos), José, Colombe et Nadine. Photographe inconnu.
Fig. 3 : Image de présentation sur le site musixmatch.com pour les paroles de la chanson Hide in your shell 1, avec la pochette de l'album et les premières paroles de la chanson.
1 : Hide in your shell est l’une des 8 chansons de l’album Crime of the century (1974) du groupe britannique Supertramp.
N.B. : Le texte ci-dessus est basé sur une histoire vraie. Cependant, n'oubliez pas que :
1) mes avertissements généraux s'appliquent aussi aux textes de cette section ;
2) il s'agit de ma propre vérité, à partir de mes points de vue et jugements personnels du moment ;
3) la mémoire est toujours un processus de reconstruction mentale et une faculté qui oublie ;
4) presque tous les personnages ont des noms fictifs.



